
Depuis toujours, les différentes cultures et civilisations humaines ont émis l’hypothèse que les songes et les rêveries fantasmagoriques puissent être inspirés par un « quelque part », un « quelque chose » ou un « quelqu’un ». Chaque culture mythologique a nommé ce pressentiment à sa manière.Depuis des temps immémoriaux, le Grand Dragon (ainsi qu’on le nomme plus brièvement) fait exister en même temps une infinité de mondes imaginaires, divers et variés, si éloignés les uns des autres qu’ils n’ont parfois presque absolument rien en commun.
Presque !
Car, que ce soient des univers féeriques peuplés d’elfes et de farfadets, des mondes barbares ou la magie noire doit répondre à l’acier, ou bien d’autres encore... Tous vivaient au-delà de la barrière qui sépare Notre Réalité et l’immense espace, dont le Grand Dragon repousse sans cesse les frontières pour donner vie et faire se développer de nouveaux univers imaginaires.
La plupart du temps, ces différents univers n’avaient pas idée de l’existence des uns et des autres, ne pouvant même pas concevoir qu’ils ne soient pas la seule réalité.
Et puis quelque chose est arrivé...
Un événement qui a laissé une trace sur tous les univers imaginaires à la fois !
Nul ne sait comment ni pourquoi, mais, dans les Contrées de la Fantasy, l’arc-en-ciel a disparu depuis quelque temps.
Ce furent des temps étranges où la terre gronda bien des fois. Si bien que même les trolls et autres créatures souterraines sortaient de leurs tanières de crainte d’être ensevelis. Tous purent alors voir l’arc-en-ciel se déchirer en son zénith, puis vaciller quelques instants, avant de se dissiper définitivement...
Depuis, quand le soleil surgit après la pluie, ce sont deux demi-arcs qui se font face dans le ciel.
L’un qui contient toutes les couleurs de la mer, l’autre qui englobe toutes les teintes du feu.
L’apparition de ce phénomène produisit vite des inquiétudes, puis des désaccords violents.
Chaque monde en appela à ses plus grands sages et ses meilleurs visionnaires, mais le trouble n’en gagna qu’en ampleur : leurs plus grands esprits confirmèrent, chacun à sa manière, que :
« Le monde a été percé en deux,
par une porte donnant sur un autre infini ».
Ou autres sentences floues, absconses et inquiétantes, qui donnèrent naissance à deux courants de pensée radicalement opposés parmi toutes les créatures des Contrées de la Fantasy.
Parmi les plus talentueux oracles des innombrables mondes, certains eurent une vision plus précise du Dragon des Mers Flamboyantes et de la nouvelle nature des univers. Tous firent à peu près le même dessin pour la représenter :

Chacun de leur côté, ils se mirent à réfléchir, construire des théories, mais qui s’avérèrent si similaires qu’elles fusionnèrent dans une conception commune qui s’imposa de plus en plus fortement à eux, dans leurs songes et méditations :
« Le Grand Dragon a créé des myriades de réalités, visibles et invisibles. Mais, par son Mouvement, il les a voulues à la fois divisées et rassemblées en deux sphères. Deux Natures fondamentales.
Ceux proches de sa tête, et ceux proches de son corps ondulent [1]. Ceux qui sont de la mer, et ceux qui sont du feu. »
Toujours est-il que TOUTES les conceptions du monde furent reconsidérées à l’aulne de cette prophétie.
Et deux factions se formèrent d’elles-mêmes pour répondre à cette redéfinition de l’existence.
Ceux qui se sentaient profondément en affinité avec la mer et le mouvement permanent se nommèrent « Venguins ».
Ceux qui se sentaient profondément en affinité avec le feu, qui couve, consume lentement, avant de jaillir en lumière, se nommèrent « Brasiards ».
Ce clivage n’a rien à voir avec le bien et le mal, les deux clans reconnaissants en leur sein autant de créatures bienveillantes que querelleuses.
C’est avant tout, et essentiellement, une question de Nature Profonde...
On pourrait dire que les Venguins aiment davantage l’action et le mouvement, alors que les Brasiards affectionnent plus la réflexion et la recherche. Et en grossissant beaucoup plus le trait : les uns sont les muscles et les autres le cerveau. Mais ça serait une erreur, car la réalité est bien plus fine...